Entre le souvenir et la réalité, il n’y a que ce moment, cet endroit. Cette exposition explore la fragilité du voyage, du déplacement et de la notion de chez-soi. Nous ne savons pas toujours ce qui nous attend.
Il n’y a pas de carte.

SUR UNE COLLINE, UN BATEAU PERCHÉ
L’exposition de Tiffany Black présente au spectateur une extraordinaire sculpture en forme de bateau ainsi que des peintures oscillant entre cartes et schémas, évoquant les voyages et les expériences de nombreuses générations dans la région du pastel autour de Cordes-sur-Ciel.
La bastide escarpée de Cordes est ce chantier naval improbable où Black a construit la coque de son navire à partir de planches issues de cageots démontés. Ces cageots, avec leurs touches de couleurs vives et leurs slogans publicitaires, évoquent les routes commerciales mondiales sillonées par les navires. Cordes elle-même, se découpant haut dans le ciel, apparaît de loin comme une île. À l’image de l’île volante de Laputa de Gulliver, où les habitants se perdent dans des pensées abstraites1. Le bateau de Black s’est échoué sur la haute colline, hors de sa zone de confort, sur la terre ferme. Le clapotis langoureux de l’eau lui manque, ainsi que le va-et-vient incessant des marées, les embruns vifs et l’écume de la mer. Le bateau rappelle le corps, sa coque formant une cage thoracique. Les bateaux et les corps sont des structures fragiles qui traversent l’espace et le temps.
La vie est une ligne, un voyage qui se déroule comme une pelote de laine à travers les tableaux de Black. Où les alizés nous mènent-ils? Il n’y a pas de carte de la vie. Nous jetons un regard surpris en arrière pour constater que rien ne s’est déroulé comme prévu, que tout a serpenté, s’est déchaîné, s’est apaisé, nous a emportés le long de chenaux inattendus, nous a échoués dans des lieux insoupçonnés, nous a laissés tenter d’interpréter le langage inconnu de la ligne griffonnée entre mer et terre.
Au fur et à mesure que nous passons de foyer en foyer, de lieu en lieu, notre ligne se mêle au lent roulement et à l’érosion des rochers, au passage rapide des nuages, aux arcs répétitifs du soleil et de la lune, ainsi qu’aux autres vies qui ont foulé ces mêmes espaces, à travers le temps. L’entrecroisement des itinéraires ressemble aux hachures d’un dessin.
Cette exposition raconte l’histoire des voyages de vies dans le triangle pastel formé par Albi, Toulouse et Carcassone, et dans le royaume imaginaire du Pays de Cocagne. Le pastel cultivé ici produisait un colorant bleu parfait et a fait la richesse de la région du Moyen Âge jusqu’au XVIIIième siècle. Il y a une synesthésie des couleurs dans l’exposition. Nous voyons les couleurs du paysage, mais en plus nous les respirons, sentons et touchons. Black fait un jeu de mots avec la palette de couleurs de l’artiste et les caisses à palettes de son bateau.
La terre et l’eau se confondent sans frontières, avec quelques bouées pour baliser la route dans l’immensité, les profondeurs infinies, alors que nous prenons la mer, que nous voyageons dans l’obscurité inconnue, à la recherche d’un dernier refuge.

 

Biographie de l’artiste

Tiffany Black travaille avec divers supports (peinture, sculpture, son, vidéo et texte) dans son atelier à Oxford et en France. Maître de conférences en beaux-arts depuis de nombreuses années à l’Université d’Oxford Brookes (Oxford, Angleterre), ses oeuvres explorent souvent des méthodes participatives visant à renforcer la compréhension mutuelle et les liens entre les personnes.
Sa vie et son oeuvre ont été influencées par le fait d’avoir vécu et travaillé dès son plus jeune âge dans l’Aveyron et le Tarn, et d’avoir un atelier à Laguépie, où le confluent du Viaur et de l’Aveyron a enrichi sa pratique au fil des années. Le travail de Tiffany s’est souvent concentré sur des lieux ou des contextes spécifiques, en utilisant des matériaux, des sons et des documents rassemblés pour développer des réponses qui génèrent de nouvelles lectures et expériences pour le public. Cette passion s’équilibre désormais avec un amour pour la peinture en plein air.
Dans le cadre du partenariat collaboratif brook & black (brookandblack.co.uk), elle a effectué des résidences et exposé tant au Royaume-Uni qu’en Europe. Entre autres: à Oxford, au Modern Art Oxford, au Musée Ashmolean et au Pitt Rivers Museum; à Londres, à la Wallace Collection, au site du patrimoine mondial de Greenwich, au Crystal Palace Park, à l’Oxo Tower et au Triangle Space. In Europe at the Giethuset Danemark, au Frauenmuseum de Bonn, Allemagne, à la Hoogslandse Kerk de Leiden, Pays-Bas, et pour le projet Plan Z à Altea, Espagne; en France, avec le projet Artevisa à Loguivy, Bretagne, à l’Ancien Musée de Peinture de Grenoble et au Musée Toulouse-Lautrec, Albi.